Subsomption dialectique
L'application croisée systématique des catégories de réflexion
Qu’est-ce que la subsomption dialectique ?
La subsomption dialectique est la méthode spécifique d’analyse systématique de la philosophie réflexive. Elle consiste à croiser systématiquement les quatre catégories fondamentales (les quatre éléments de sens ou niveaux de réflexion) avec elles-mêmes, engendrant ainsi une analyse de plus en plus fine et structurée d’un domaine.
« La subsomption dialectique est la méthode d’application systématique des catégories fondamentales à elles-mêmes, engendrant une structure catégorielle de plus en plus différenciée. »
Le principe
L’idée de base est simple mais productive : si nous disposons de quatre catégories fondamentales (1, 2, 3, 4), nous pouvons demander pour chacune de ces catégories ce qu’elle devient du point de vue de chacune des quatre. Cela donne :
- Premier niveau : 4 catégories fondamentales
- Deuxième niveau : 4 × 4 = 16 sous-catégories
- Troisième niveau : 16 × 4 = 64 sous-catégories
- Quatrième niveau : 64 × 4 = 256 sous-catégories
Chaque niveau suivant fournit une vue plus différenciée, plus précise du même domaine — sans ajouter de nouvelles catégories arbitraires.
Exemple : la théorie de l’action
L’application la plus complète de la subsomption dialectique se trouve dans la théorie de l’action de Heinrichs, qui développe un « système périodique des types d’action » :
Niveau 1 : Quatre types fondamentaux d’action
- Action orientée vers l’objet : Action dirigée vers les choses (travail, production)
- Action orientée vers le sujet : Action dirigée vers soi-même (soin de soi, auto-éducation)
- Action sociale : Action dirigée vers les autres (communication, coopération)
- Action orientée vers le médium : Action dirigée vers l’horizon de sens partagé (réflexion, culte)
Niveau 2 : 16 sous-catégories (exemple pour le type d’action 1)
L’action orientée vers l’objet (1) se différencie en :
- 1.1 Interaction sensorielle avec les objets (percevoir, cueillir)
- 1.2 Appropriation subjective des objets (posséder, façonner)
- 1.3 Objectivation sociale (travailler, produire pour autrui)
- 1.4 Objectivation médiale (commercer, monétiser)
Niveaux ultérieurs
Cette procédure se poursuit jusqu’au troisième (64 catégories) et au quatrième niveau (256 catégories), chaque nouvelle différenciation étant dérivée de manière non arbitraire du croisement systématique des mêmes quatre catégories fondamentales.
Avantages de la méthode
- Non-arbitraire : Les catégories ne sont pas inventées ou compilées arbitrairement mais engendrées systématiquement.
- Exhaustivité : La méthode garantit qu’aucun aspect structurellement significatif n’est négligé.
- Cohérence : Toutes les catégories sont reliées entre elles par le principe générateur commun.
- Scalabilité : Le niveau d’analyse peut être ajusté au degré de précision souhaité.
- Applicabilité : La méthode est applicable à des domaines divers — de la théorie de l’action à la philosophie du langage, aux systèmes sociaux, etc.
Relation aux autres méthodes
- Différence avec les triades de Hegel : Alors que Hegel travaille habituellement avec des structures ternaires (thèse–antithèse–synthèse), la subsomption dialectique opère avec une structure quaternaire et systématise la combinaison des catégories.
- Différence avec la classification empirique : La subsomption dialectique ne classe pas les résultats empiriques a posteriori mais engendre des catégories a priori à partir de la structure réflexion-logique, qui peuvent ensuite être vérifiées et illustrées empiriquement.
- Analogie avec le tableau périodique : De même que le tableau périodique des éléments engendre les éléments chimiques possibles à partir de quelques principes fondamentaux (numéro atomique, couches électroniques), la subsomption dialectique engendre les catégories possibles d’un domaine à partir des quatre catégories fondamentales de la réflexion.
Lectures complémentaires
Tous les ouvrages mentionnés sont disponibles chez Reflexivity Press.
- La logique du social — Johannes Heinrichs
- Philosophie intégrale — Johannes Heinrichs